Dimanche
6 Mai 2001
Dans Paris
Dans Paris il y a une rue
Dans cette rue il y a une maison
Dans cette maison il y a un escalier
Dans cet escalier il y a une chambre
Dans cette chambre il y a un tapis
Sur ce tapis il y a une cage
Dans cette cage il y a un nid
Dans ce nid il y a un oeuf
Dans cet oeuf il y a un oiseau.
L’oiseau renversa l’œuf, l’œuf renversa le nid, le nid renversa la cage,
La cage renversa le tapis, le tapis renversa l’escalier, l’escalier renversa la maison
La maison renversa la rue, la rue renversa la ville de Paris.
Paul Eluard
14h28 : Amélie Poulain, une petite fille de Prévert
A 10h20, après avoir marché dans le froid piquant de Paris bras dessus, bras dessous avec maman, après avoir vu, sceptique, les même bandes annonces cinématographiques que la veille, j'ai fait la connaissance d'Amélie Poulain et de son "fabuleux destin". Ce film m'a chamboulé, j'étais comme sous l'effet d'un formidable coup de massue émotionnel. Je n'ai pas réussi à un prononcer un mot pendant l'heure qui a suivi. Ces mots, tous ces mots s'étranglaient dans ma gorge... Je ne saurais expliquer pourquoi le trop plein d'émotions n'a pu supporter l'instant où le monsieur a découpé les soliles du poulet pour l'offrir à son petit fils mais c'est réellement là que tout m'a explosé au fond du cœur. Je ne pouvais plus m'arrêter de pleurer, j'essuyais des larmes qui se renouvelaient sans cesse. C'est trop fort, trop beau, trop sensible, trop... Trop ! En voyant Amélie agir je regardais mes petites folies secrètes défiler à l'écran. J'ai fait, je le jure, mille choses qu'elle a faites, j'ai tenté mille fois de créer de la magie là où personne n'en voyait, comme elle, pour échapper à une vie triste, j'ai construit des instants comme des bouts de rubans tressés, donné des pétales de bonheur à des inconnus, je me suis masquée moi aussi en zorr-elle pour transformer mes amours en pièces de théâtre... De voir tout cela étalé devant tout ces spectateurs, ravis, des applaudissements plein les doigts je me suis réconciliée avec la vie, avec les autres. Si cela les touche aussi, c'est que je ne dois pas être la seule à imaginer toutes ces petites choses qui transforment une vie en conte de fée moderne... Maman m'a regardé et m'a dit : "Dès que la cassette vidéo sort, je te l'achète, il ne faut pas que tu regardes cela devant du monde"... Je crois n'avoir jamais autant pleuré. Je sentais mon cœur comme dans un corset, ma tête dans un étau, signe que je m'étais pourtant encore retenue... Je n'aurai pas du, des choses devaient encore sortir... J'ai encore cette boule dans la gorge en l'écrivant. C'est du bonheur, du pur bonheur... De l'essence de bonheur, ce film... Jeunet est un poète, un observateur de l'humanité... Autant de pudeur, de subtilité, c'est de l'art. Je me remets de tout cela, et je reviens. Merci, mon journal de me permettre de noter par écrit, ce pur moment de grâce...
19h08 : Tempête sous un crâne. Sale temps pour les crâneuses...
Une bonne centaine d'années que je n'avais pas eu mal à la tête comme ça... Avec 2 mg de paracétamol ça ne s'arrange même pas un peu. Entre la gouttelette smurfant sur mon nez hier soir, les courants d'air et la tempête émotionnelle de ce matin j'en viens à me demander si je ne serais pas en train de couver quelque chose... hum... L'après midi s'est donc forcément mal déroulée. Je l'ai néanmoins consacrée à l'installation complète du portable de maman (win 95 euurk...) et à lire quelques diaristes dont l'excellente entrée de Lady Script. ("ça ressemble à la Louisiane"...) Quel bel ouvrage que sa page du jour ! Quelle talentueuse webmastress elle fait ! Chapeau melon très bas chère madame ;o)
Papotage, bavardage, marivaudage, écrémage, décapage téléphonique avec les deux seuls hommes qui comptent pour moi en ce moment, j'ai nommé mes compères Henri et Russel. Avec le premier discussion décousue et vite recousue comme un plaid en patchwork et avec l'autre, chronique ciné, décorticage des dernières peines de cœur (les siennes, et encore ?... :o) et Montréal, encore et toujours Montréal (mais en passant par Wayne Gretzky, le super Bowl, NY, les Bretzel etc...) Mon mal de tête me gâche la moitié de mes échanges avec ces deux amis. Je n'aspire qu'à me coucher avec magnéto mon ami et ne fume même pas, tant la simple idée que de la nicotine vienne titiller mes synapses m'est d'ors et déjà une torture... J'ai pourtant deux amies avec qui j'aimerai passer un moment à bavarder ce soir. Je pense qu'elle comprendront que mon état ne me le permettra pas. Ce n'est que partie remise, elles se savent bien... Ma petite sœur m'a fait de la peine ce soir. J'ai l'impression qu'elle n'a pas lu l'entrée où moi je parlais de sa prestation télévisuelle... Hum... Je vais l'appeler demain, je crois que ma présence de big sister est requise. Et vous savez que moi quand on m'appelle... et quand bien même on ne m'appellerait pas ;o), je suis toujours là !
Je vous laisse sur un bon mot qui n'est pas de moi :o) Cherchez donc un peu vous même de qui il est plutôt que de me le demander par mail. Un peu de Passeport pendant les vacances scolaires ne vous fera pas de mal (je parle bien sûr aux faux érudits qui me lisent, les autres, bien sûr riront de ces mots d'esprit sans se demander stupidement de qui ils sont, et cela sera très bien ainsi :)
Extrait du Journal de Bloompott :
mercredi 3 : ai repris trois à déjeuner de l'omelette aux pommes de terre, malgré l'infériorité de la qualité des oeufs et l'odeur violente et agressive du beurre. Dans l'après midi, poule au pistolet, le soir au riz.
mercredi 10 : Idées noires. J'ai voulu me tuer ! J'ai ouvert le tiroir de ma table de nuit pour prendre mon revolver... Il y était ! J'ai sonné Virginie, elle est entrée et j'ai dû refermer précipitamment le tiroir ! La volonté de l'homme se heurte toujours à la destinée...
Un indice... Chez vous ! C'est le même qui a conçu cette fameuse expression : "le docteur Pip s'offrait largement ma physionomie".
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