Mardi 10 Octobre
Fatiguée je suis. Marre j'en ai ! (Yoda) Plein l'cul des corvées ! Sécu par ci, roti de veau sauce au vin blanc à préparer dans les temps par là, sans compter la hot line pour ma mère, et supporter le cafard permanent et les coups de poisse de Silvio... Mais le pire je crois c'est, comme je viens de le faire, de décliner une putain d'offre d'emploi à 180 KF parce qu'il faut que je "suive mon conjoint en province" !!! Vous vous rappelez les contributions aux fora internet, mes "devoirs de vacance" que j'avais fait pour une boite après mon test d'entretien ? Et bien, ils me prenaient, putain de bordel de merde !!!!!! Et moi, comme une conne j'ai dû dire non pour m'exiler à la cambrousse où ma vie sera faite de petits pois en boite !! Grrrr... Maudit soit du destin !! "ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie !" (qu'est ce que le Cid vient faire ici ? ??) ça y est je crois que j'entre en phase "baissage de bras" et dire qu'il n'y a même pas de "bill 25a Grenoble" pour venir me soutenir... Bouhouhouuuu... Allez les copains ! Faîtes un geste charitable, faîtes moi parler d'autre chose que de mon fichu déménagement !!
Allez, je me tente un sujet, comme ça, en live, sans filet, je vais vous parler de la flexibilité des queues de vache par temps de brouillard... Comment ça, non ? Bon, d'accord... De toutes façons, il n'y a rien à en dire... Re-bouhouhouuu...
Je vais partir au Québec... Seule, avec mon sac à dos... Je vais dire un matin "j'vais promener l'chien" et pfiout, je dégage ! (bien sûr, je n'aurais pas des masses d'avance en donnant cette excuse, étant donné qu'on a pas de chien, mais bon !) A moi les grands espaces, les vertes prairies (j'ai intérêt à différer mon départ pour les vertes prairies, je crois...) les pitounes... Oui ! Manger, se goinfrer pour oublier... Quoi que, si je mets mon pouce droit dans ma bouche je suis capable de provoquer le même extase sans les kilos en plus... Ayé ! J'ai mon pouce dans la bouche, MMmmmmmh... trop trop bon ! Je régresse, je ne suis qu'une pitchoune de 6 mois qui n'a d'autres soucis que de régurgiter son biberon... Ouahaaa, la belle vie !
Trêve de conneries ! Je vais vous écrire une histoire, comme ça je libèrerai les énergies négatives en exploitant mon imagination à bon escient... Vous êtes prêts ? Installez vous confortablement dans ce grand fauteuil Chesterfield en cuir kaki dans votre grenier et collez vous un bon vieil édredon en plume sur les genoux, (les soirées sont fraîches mais on ne va quand même pas allumer la cheminée) Nous y voilà, le Earl Grey à portée de main dans sa mug southpark... L'histoire s'intitule "une bonne affaire" (et inutile de vous faire le chapitre sur le copyright n'est ce pas ;o))) j'espère qu'elle vous amusera...
Gérard et Daniel entrèrent vers vingt heure dans un cabaret de la rue Jacob. Lassé d'entendre son ami geindre sur sa vie maussade à longueur de journée, Daniel avait pensé qu' un peu de distraction lui procurerait quelques joies éphémères, et qu'il n'aurait pas à épiloguer , au moins pour un soir, sur la beauté de la vie. Pauvre Gérard ! La déprime se levait avec lui et venait le border le soir. Il habitait un modeste deux pièces dans le cinquième arrondissement, menait une vie solitaire, s'encanaillant dans le loto où il ne gagnait jamais et croisant les doigts en écoutant religieusement le montant de la valise R.T.L. Dans la rue, les gens ne s'apercevaient même pas de sa présence. Il était tellement insignifiant, ce petit homme frêle, toujours de gris vêtu. C'était un de ces êtres commun et fade dont la cruelle humanité ne se soucie guère. Il passait tellement inaperçu que sa famille même semblait l'avoir oublié. Sa seule joie, héritage d'un oncle d'Amérique fantôme, était une vieille Porsche 911 de 1961. Elle était noire et tellement astiquée que les étoiles semblaient s'y être données rendez-vous. Gérard la personnifiait littéralement : il trouvait que ses phares ressemblaient à des yeux de truites et qu'elle avait un museau adorable. Comme d'autres partagent leur solitude avec des animaux, Gérard s'occupait amoureusement de sa voiture, la bichonnant des heures durant. Malgré cela, il ne s'en servait pas, peut-être par peur de l'abîmer, ou parce qu'il craignait avec une telle voiture d'attirer les regards ou les convoitises. Avant tout , au fond de lui, il savait qu'il n'avait pas le standing pour être au volant d'une telle voiture et c'est surtout pour cela qu'il ne la prenait pas pour sortir lui préférant les transports en commun.
Grâce
à cette merveille, tout de même, il avait rencontré Daniel, sympathique
bonhomme d'une quarantaine d'années, avec qui Gérard partageait la passion des
belles voitures. Celui-ci, concessionnaire et collectionneur à ses heures, se
délectait de la vie comme d'une agréable pâtisserie. Son caractère enjoué
lui permettait de réussir dans toutes les entreprises où il s'investissait. Ce
qui impressionnait particulièrement Gérard, c'était son sens corrosif de la
blague, Daniel aimait rire et s'amusait de tout. Les deux amis ne se voyaient
pas souvent mais, depuis deux mois qu'il se connaissaient, Gérard avait peu à
peu repris goût à la vie. Son ami, fieffé coquin, lui parlait de ses
conquêtes. Ah !
Si seulement son charisme pouvait rejaillir sur lui
; seulement voilà, Gérard n'avait pas tous les dons de Daniel.
Bien sûr il aimait la vie, il espérait juste qu'elle lui serait un jour plus
douce, une femme peut-être égayerait son quotidien, une belle femme dont il
pourrait être fier. Et il se mettait à songer à une famille comme on en voit
à la télévision, avec des enfants, doués et "promoteurs". Pourquoi
n'avait-il pas droit à tout cela ?
Lui qui avait de la tendresse à revendre.
Il était galant, levant timidement son chapeau démodé devant une
jeune fille au regard moqueur, qui passait devant lui dans le bus, et puis, par
moment, lui aussi savait être drôle, répétant des répliques de comiques
devant sa glace ...
Il se disait tout cela en s'habillant, avant de rejoindre
Daniel ce soir-là. En effet, son ami avait prévu un dîner spectacle dans un
cabaret. "On y dîne bien, avait-il dit, et le spectacle réserve toujours
de bonnes surprises." On ne sait par quel miracle pour cette occasion,
Gérard, décida de conduire sa Porsche, et c'est deux hommes heureux que l'on
vit en sortir après l'avoir garée, rutilante, devant l'établissement. Inutile
de préciser qu'elle attira tous les regards.
Le dîner fût délicieux, on leur servis des cailles
farcies et une tarte tatin que Gérard apprécia tout particulièrement. Il ne
disait mot, dégustant son repas, lorgnant de temps en temps sur la beauté des
lieux ou l'élégance des autres clients. Daniel, à son aise, mangeait
bruyamment, parlait fort, hélant de temps à autre le garçon de salle pour
confirmer son évaluation sur l'année d'un vin ou pour demander si telle ou
telle serveuse était libre. Quelque part au fond de lui, il se disait que
sortir avec Gérard ne pouvait que le valoriser, on ne voyait que lui
: "Mais quel ennuyeux personnage, se disait-il, enfin...C'est
pour la bonne cause, parfois, il faut savoir se sacrifier..." Il attendait
tout de même impatiemment le spectacle. Il savait que ce serait ce soir-là un
magicien, un illusionniste de renom qui ne ratait jamais ses tours. Une fois les
tables desservies, un animateur fit silence et présenta le
"célèbre" Jolan en lui faisant moult publicité. Daniel trépignait
sur son siège, son ami lui enviait son entrain. La salle devint sombre, et dans
un nuage de fumée opaque, Jolan apparu. Tout de noir vêtu, il ne portait de
couleur, que sa toque de velours pourpre et le turban de même couleur dont sa
taille était ceinte. Il salua le parterre d'un coup de cape et commença ses
tours. Il fit disparaître des roses, les remplaçant par des billets de banque,
transforma des larmes en diamants et fit d'étonnants tours de cartes. Il était
décidément très fort. Avec un regard maléfique il fit taire les
applaudissements et, d'un index accusateur, il balaya la salle comme à la
recherche d'une victime. Tel un rapace, il fondit sur sa proie et dit en
désignant Gérard
: " Yé voudrais oun volontaire pour sé qui va souivre..."
Mal à l'aise de se voir ainsi mis en vedette, ce-dernier tripotait la manche
trop longue de son costume en regardant ses voisins de table. Daniel, excité
comme une puce, lui dit d'un ton gaillard
: "Allez, mon p'tit gars vas-y, ce n'est qu'un jeu, qu'est-ce-que
tu as à perdre
? " Déjà, les applaudissements le propulsaient malgré lui
hors de son siège. Jamais on ne l'avait acclamé de la sorte, et tout cela,
grâce à Daniel et son idée de venir ici
! Il en rosissait de plaisir. Il gravit les quelques marches de
l'estrade tandis que son ami se commandait une coupe du meilleur champagne.
"Lé tour qué yé vé réaliser devant vos yeux,
nécessite lé plou grand silence." Une jolie nymphette toute de paillettes
vêtue amena une malle en hauteur dans laquelle Gérard prit place et après
maints gestes mystiques, effectués par un Jolan des plus transcendanté, on
ferma la malle et lui fit faire sept tours que le public compta en coeur. Dans
un roulement de tambour, Jolan ouvrit la malle, Gérard avait disparu.
Daniel
vida sa coupe d'un trait, se leva, et dans le brouhaha ambiant qui régnait sur
la salle en délire, personne ne remarqua le clin d'oeil entendu qu'il échangea
avec le sorcier, ni le sourire goguenard qui se peint alors sur sa figure quand
il mit dans sa poche les clés de la Porsche tant désirée. En s'endormant ce
soir-là, il se dit qu'il venait de faire une bonne affaire...
C'était la rubrique "mardi littéraire" de la scribouilleuse. A demain les lecteurs ! (xxx...)