Jeudi 13 Septembre 2001

"Cela fait souvent de la peine de penser."
Marcel Proust 

 

11h19 : Décidément...

Plus rien ne va. Carry vient de m'appeler pour me dire que la directrice de création était enfin disponible, dans son bureau. J'ai donc téléphoné. C'est le deuxième directeur de création, l'homme, qui a décroché. Quand j'ai dit mon nom et exprimé le souhait de parler à la directrice, il a répété mon nom à haute voix et après un instant d'hésitation il m'a dit qu'elle était en réunion. Ensuite il a cherché à savoir pourquoi je souhaitais lui parler et quand il a su que suite à notre entretien je devais la revoir dans le but de décrocher un job il m'a dit : "pour l'instant on gèle les postes, on ne recrute plus." Ca m'a coupé le souffle aussi sûrement qu'une lame de guillotine... Encore une fois j'ai été bien naïve de croire cette femme qui a passé deux heures à parler et rire avec moi, qui a fait tant d'éloges de ma "fantastique humanité" ensuite à Carry (elle en a parlé pendant les deux jours qui ont suivi !!) pour me "faire dire" ça par "un autre" aujourd'hui. Quand Carry me confirmait quelques minutes plus tard qu'en effet elle était bien toujours dans son bureau et pas du tout en réunion j'ai eu comme une sorte de nausée. C'était ma seule bonne carte et elle est tombée... Chaque jour ma mère et ma grand mère me harcèlent pour que j'appelle cette directrice, elles s'affolent de voir que je n'ai toujours pas de job et je suis obligée de les rassurer alors que moi même je ne le suis pas vraiment. Que vais je faire ? Que vais je devenir sans emploi ?? Est ce que je dois me remettre à chercher du travail alors que nous sommes en pleine récession ?... Mes chances sont maigres et ça me fout une trouille monumentale... Comment me "vendre" dans de telles conditions ???

 

Cet après midi, Barry et Loomina reviennent chez moi. Hier soir, à presque minuit nous avons réussi à faire redémarrer le papac. Seulement il y a encore beaucoup de choses à faire pour qu'il fonctionne parfaitement (enfin dans le même état que quand mon père l'a laissé...) C'est entre autre pour cela que Barry doit revenir. Il doit aussi remplacer mon lecteur de disquette qui ne marche plus par mon ancien que je suis allée démonter hier à la cave au milieu d'énormes et monstrueux cafards morts pour cause d'indigestion de mort aux rats... Des images qui, accumulées aux images d'attentats m'ont fait passer une nuit atroce... Encore une... Cet après midi aussi, si tout fonctionne de nouveau nous devons regarder mes films du Canada. Mais comment les regarder de nouveau maintenant que je sais que je n'aurais pas le travail me permettant d'y retourner ? Comment sourire devant la bouille de Mireille en sachant que je n'aurais pas mon appartement au printemps comme je l'aurais souhaité ? Je devais l'accueillir sitôt emménagée...  Bien entendu, tous mes petits problèmes m'angoissent bien peu en comparaison du choc que je sens toujours vibrer en moi dès que j'allume la radio ou la télé... Décidément non. ça ne va pas du tout depuis trois jours. Toujours cette maudite envie de pleurer et pas de bras pour me consoler... Dire que demain je serais à Toulon près de M., de C. et de ma toute nouvelle petite nièce... Je n'arrive même plus à m'en réjouir et j'ai peur de ne savoir plus rire avec elles parce que toujours il y aura, au dessus de ma tête, cette terrible épée de Damoclès. 

 

15h57 : Aide toi le ciel t'aidera...

Vous commencez à me connaître, je ne sais pas rester les bras croisés devant mon destin qui s'effrite. Si là-bas je ne peux rien faire, ici, pour moi, je le peux. Quand j'entends les messages des hommes dans les avions qui, après avoir salué une dernière fois leurs femmes, décident d'épargner des milliers de morts en allant s'opposer directement dans l'avion aux terroristes pour détourner l'impact de la "cible" ailleurs, au lieu de penser à leur mort certaine, je me dis que je ne peux ignorer cette leçon de courage et que je me dois de passer désormais mon temps à faire le maximum pour arranger mes problèmes au lieu de m'apitoyer sur mon sort. J'ai donc répondu à deux candidatures d'emploi, ai mis de côté mon orgueil pour rappeler l'enfoiré de patron qui a viré le GB. Je me suis mise à genoux pour qu'il me reprenne et ai envoyé, en plus par la poste un cv et une lettre de motivation à une agence d'intérim précisant que j'étais même prête à faire n'importe quel petit boulot de "saisie".... Au moins aujourd'hui, j'aurais essayé de m'en sortir au lieu de pleurer sur mon sort. Mes larmes peuvent de nouveau pleurer qui de droit.

 

19h26 : Ce toit tranquille où marchent les colombes, entre les pins palpite, entre les tombes...

Je commence cette dernière entrée avant dimanche en vous annonçant que dehors il y a un très bel arc-en-ciel qu se dessine. Les nuages se déchirent et on aperçoit le bleu d'un ciel d'été. Cela veut-il dire que le monde toujours se renouvelle ? Qu'après la tempête revient le calme ? Que la vie n'est qu'un cycle sans fin dont on ne peut pleurer les morts sans accueillir les nouveaux nés ?"La Terre, la Terre toujours recommencée" aurait du alors dire Valéry dans son Cimetière Marin... 

 

Barry a fini de réparer le Papac en 3 minutes chrono. Finalement un simple périphérique d'aol foutait le boxon. Il l'a désactivé puis réactivé, et ça marche. Un truc à devenir fou quand on pense par quoi on est passé en trois jours ! (tous les paramètres de démarrage, désinstallation progressive de tous les périphériques, farfouillage dans le bootlog.txt et dans le cœur du cœur du papac...) and... IT WORKS ! Yeah. Le sang n'est plus sur la clé, Barbe bleue n'en saura rien, merci Ajax ! 3 minutes 20 plus tard Monseigneur Barry venait à bout, cette fois, de mon lecteur de disquettes. J'ai bien fait de descendre à la cave, l'ancien à remplacé le nouveau totalement out. Et hop ! Deux bonnes nouvelles... Pour fêter ces exploits je leur ai fait une caïpirinia. (Je crois qu'on avait tous besoin d'un remontant plutôt que d'un cocktail de fête à vrai dire...) Nous avons regardé quelques petits délires sur caméscope et j'ai même montré à Loomina une k7 vidéo de Corse 99 avec Silvio, les filles et Bem ... Je n'avais encore jamais revu ces images depuis notre séparation. J'avoue que j'ai eu mal. Très, très, mal. Ce soir je dois me coucher tôt, demain je pars à l'aube pour Toulon. A dimanche donc. and Take care comme dit Jlo.

 

Private Joke : Télérama n'aime pas Plateforme de Michel Houellebecq

 

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