Mardi 15 Mai 2001

 

"Il vaut mieux prêter à sourire que donner à réfléchir." 

Les Nuls

 

11h54 : Cauchemar…

Je ne sais même pas par quoi commencer tellement je suis encore en état de choc. J’ai une pensée spéciale pour une amie : Loomi, ne lis pas ce qui suit, ça risque de te transmettre mes ondes de choc…

Tant pis je t’aurais prévenu… Je n’ai pas envie de rire, je me sens mal, très très mal… Ce matin, alors que j’étais dans le métro depuis une station, je décidais de changer de wagon, le mien étant vraiment surchargé. Je n’ai pas bien compris pourquoi les gens se précipitaient hors de la porte d’à côté… Je rentrais et croisais un homme qui en sortait en trombe pour « v » sur le quai… Tout s’est passé très vite, j’ai vu l’intérieur du wagon, j’ai vu qu’il avait apparemment déjà commencé « sur place » et je me suis mise à courir jusqu’au bout pour me tapir sur un fauteuil libre, loin, très loin de la scène… Je tremblais, j’étais complètement choquée, en nage, pale comme un linge, littéralement traumatisée par le choc de me retrouver en face de ma pire phobie… J’avais et j’ai toujours l’estomac sans dessus dessous… J’ai longuement hésité avant de continuer ma route vers mon lieu de travail. Je ne pensais qu’à une chose, respirer un grand bol d’air à l’extérieur… J’ai passé de longues minutes en apnée, sûr que les gens autour de moi n’ont pas compris ce qui rendait cette jeune fille si chamboulée…

 

Je me suis concentrée, j’ai pensé très très très fort à Loomi et à maman, les deux seules personnes à savoir exactement ce que je pouvais bien ressentir à cet instant… J’ai tout fait pour prendre sur moi, ne pas descendre… Surtout ne pas descendre du wagon, ne pas pleurer, ne pas crier... Je devais avoir autant d’assurance que quelqu’un qui fait don de son sang alors qu’il est phobique des seringues… Je n’arrive pas à expliquer pourquoi je suis dans cet état. J’ai appelé maman immédiatement arrivée et lui ai laissé un message. A son tour elle m’a laissé un message (j’étais aux toilettes, passant un peu d’eau fraîche sur mon visage effaré…) Elle m’a demandé d’être forte, que la vie n’est pas toujours rose et qu’il faut savoir prendre sur soi, surtout quand il s’agit d’une phobie qui m’a assez faite souffrir depuis tant d’années… Elle a raison, elle a même diablement raison… Mais … J’ai dit à mon boss que j’avais un rendez-vous médical et que je devais partir entre 16h et 16h30… Je ne veux pas tout de suite reprendre de métro bondé… Pas aujourd’hui… Demain matin je sais que le trajet va me sembler interminable… Si seulement je pouvais joindre Loomi, savoir si pareille situation lui est déjà arrivée, comment elle a réussi à passer outre, parler avec elle, on se comprends si bien sur ces sujets tabous…  J’ai une envie irrésistible de m’enfermer chez moi à double tour. Plus jamais sortir, vivre loin de tous les gens… Je sais qu’elle me comprendrait… Mais il y a Montréal… Pour Montréal il faut que je tienne, que je fasse encore les 9 jours travaillés qu’il me reste avant la fin du mois… Toucher cette paie qui me permettra d’acheter mes billets d’avion… Et puis Juin encore… Peut être pas Juillet, mais Juin au moins… Je n’en peux plus, je suis lourde comme une pierre… Et dire qu’on est que mardi !! Je me ferais bien porter pâle pendant deux ou trois jours… Mais maman va faire le lien entre l’histoire de ce matin et mon boulot buissonnier et me tirer les oreilles… Hum… Je vais essayer d’aller manger quelque chose avec les autres, je reviens plus tard…

 

15h49 : Je veux aller me terrer…

Ben oui, toujours… Bien sûr, je vais mieux, encore heureux ! Enfin, ça peut aller quoi… Par contre je n’ai pas envie d’aller bosser demain. J’ai envie d’aller voir mon gentil ti médecin qu’il me fasse un mot et que je ne revienne plus jusqu’à mardi prochain… Reste à convaincre maman… Hum… J’ai envie de rien lui dire. Ou plutôt d’assumer si elle me demande. Peut être aussi que tout simplement j’irai, demain, bosser… Mais vraiment j’ai po envie… ça non ! Rooo qu’est ce que je peux faire… ? Je ne veux pas faire le job buissonnier si c’est pour passer mon temps à marcher seule sous la pluie ! Si je reste c’est pour me reposer, pour répondre à des offres d’emploi et pour oublier ce qui c’est passé ce matin… Bon il faut que je réfléchisse à une éventuelle tactique… Hum… Je vous laisse sans savoir si je vous retrouve ce soir ou demain… xxx

 

17h18 : Je viens de rentrer... en bus !

Je ne suis pas encore bien sûre de moi mais je pense que je vais aller voir mon gentil médecin pour qu'il m'arrête les trois prochains jours, je prétexterai des "maux de ventre". Je viens de lire dans le carnet de maman qu'elle sera absente toute la journée de demain. Pour demain donc, elle ne saura rien. Pour après demain et vendredi je n'aurais qu'à dire qu'avec la boite nous passons notre temps en région parisienne dans la succursale de la boite pour... Heu, je sais pas moi, un inventaire, ou un séminaire, enfin un truc en "aire" quoi ;o) Je sais que je pourrais me passer de faire ça, que je pourrais affronter pour une fois mes démons et les combattre mais je n'en ai pas la force, je dois être encore trop faible ou pas assez aimée ou soutenue pour le faire... Je sais aussi que je pourrais éviter de mentir à ma propre mère (et croyez moi cela ne m'amuse pas du tout) mais elle ne comprendrait pas, elle est si forte, elle... Et puis si j'ai décidé de perdre trois jours de paie alors que j'en ai besoin pour Montréal c'est vraiment que je n'ai pas le courage de faire autrement, j'en ai tellement besoin... 

 

Mes parents ne savent encore rien concernant le voyage... J'ai décidé de n'aborder le sujet qu'en dernière minute. En lisant vite toutes ces lignes on pourrait penser que je suis lâche. Je ne pense pas que ce soit le cas. Je sais qu'ils ne comprendraient pas et je ne veux juste pas les faire souffrir inutilement. Cela ne me ferait pas "changer" qu'ils me fassent la morale ou qu'ils me disputent. Ce sont mes choix d'adulte, même s'ils les trouvent mauvais... J'ai le droit de les faire, de prendre ces décisions qui ne concernent que moi. Seulement par respect pour eux, par amour aussi je ne veux pas m'enorgueillir de n'être pas comme ils voudraient que je sois... Il y a une terrible différence d'âge entre mes parents et moi, bien plus que dans une famille "normale". Ils sont d'un temps qui n'est pas le mien où les priorités n'étaient pas les mêmes. A quoi cela me servirait il de vouloir à tout prix leur faire comprendre mes doutes, mes craintes ou tout simplement mon point de vue ? A faire du mal inutilement à des gens à qui je dois la vie et que j'aime plus que tout.

 

Bon je résume, permettez ? Il faut que je m'entraîne, j'ai perdu avec l'âge la faculté de mentir. Hum... Alors je vais donc dire que demain on vient me prendre pour aller au bidule, et quand elle rentrera demain soir, je lui sors le même chapitre pour jeudi après midi. (Je dirais qu'on a pas besoin de moi le matin...) Pour vendredi, ou j'essaye de partir tôt (comme si j'allais au travail) ou j'invente un jour off... Hum... Enfin bref, demain matin, je vais chez le médecin... Olala, je n'aime pas mentir comme ça... Pfff... Tout serait si simple si... Je n'en reviens pas de ne même pas pouvoir assumer mes responsabilités à 27 ans ! FAIT CHIER !!!  

 

19h22 : Un gros coin de ciel bleu

Avant de m'épancher de nouveau sur ce journal si important pour moi je tiens à chaudement remercier Céline et Annie qui m'ont donné en toute amitié la force et les conseils pour faire ce que je viens de faire. C'est pour des gens comme vous que je continue à écrire sur le net. Parce qu'en partageant nos expériences on donne de l'humanité à des ordinateurs. Et ça, c'est mieux encore que de la magie ! Je vous serre bien fort toutes les deux dans mes bras et encore bien sincèrement, je vous remercie. Je suis allée voir mon très gentil docteur. A peine avais-je passé le pas de sa porte qu'il me dit : "ben alors, on est pas en corse ?" et là j'ai senti une grosse boule dans ma gorge et j'ai vidé mon sac. J'ai tout dit : Silvio, la corse, les mois d'hiver sans travail, le projet de voyage à Montréal, les rapports qui m'unissent à mes parents, et bien sûr, ma terrible expérience de ce matin... Finalement, c'est lui qui m'a proposé de m'arrêter trois jours... Arf... Il m'a signé les papiers m'a re-prescrit ma pilule en me rappelant qu'hormis les moments difficiles que j'avais vécu dernièrement (et qui aurait fichu le moral à zéro de n'importe qui, non, tu n'es pas folle ma fille, inutile d'aller dépenser tes sous chez un psy ;o) mes guerres hormonales ne devaient pas y être non plus pour rien... Ah bon...

 

Cela m'a terriblement soulagée de lui parler, à ce médecin de famille qui m'a vu grandir depuis mes premiers vaccins (hier dents de lait, aujourd'hui vieux vaccins, ils vieillissent aussi mes tis médecins :o) jusqu'à mes dernières colites néphrétiques... En rentrant je croisais maman, et je me remis à pleurer en lui développant la scène de ce matin... Elle m'écouta, elle compatit à grand renfort de mains devant la bouche... Je lui annonçais que j'avais été voir le médecin, que cela m'avait fait du bien et... que ce dernier m'avait arrêté trois jours. Aucune réaction désagréable, juste un hochement de tête, plutôt résignée... Je me suis sentie rassurée et heureuse d'avoir osé dire la vérité. D'avoir assumé ma trouille, mon mal être et d'en avoir parlé. Je ne sais pas ce qui m'a pris mais en moins de deux je parlais à maman de Montréal. De mes amies qui m'invitent là-bas, de chacune en particulier et de toutes pour leur infime générosité. Je parlais des baleines et des réserves indiennes qu'A. m'emmènera voir, des thés, des paroles, de l'enrichissements culturel, du Mont Royal, des vélos, de New York, je semais des arguments qui n'avaient aucune raison d'être finalement, je les lançais pour le bonheur de me les entendre dire à ma mère... Elle a eu l'air heureuse, et presque fière de voir son poussin se lancer enfin dans une grande et belle "partie de vie"... Je lui parlais de mes finances, de comment je comptais payer les billets, de mon retour, des sous de côté, de tout... Là où je m'entendais déjà dire que j'étais inconsciente et que je n'allais pas rester toute la vie chez eux, je n'ai eu droit qu'à un : "je ne pourrais pas te donner beaucoup pour t'aider mais quand même un peu..." N'y a t il personne qui veuille venir me pincer ? Je suis estomaquée... Elle a compris ! Elle a écouté, compris, pris calmement et gentiment toute chose... J'ai crevé l'abcès, je peux laisser libre cours à mes pensées québécoises, en parler avec elle, elle sait maintenant ! Pire, elle y consent ! Mieux, elle trouve l'aventure belle... Merci la vie de me tendre des pièges pour me révéler à moi même et aux autres. Merci la vie de donner pour chaque chose que tu prends... Merci la vie de me rendre plus forte et plus sensible aux évènements et aux êtres chaque jour qui passe...

 

météo intérieure du jour :  ...tout de même... ;o)

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