Dimanche 07 Octobre 2001
"Le vin est semblable à l'homme : on ne saura jamais jusqu'à quel point on peut l'estimer et le mépriser,
l'aimer et le haïr, ni de combien d'actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable."
Charles Baudelaire
12h17 : J'ai la tête qui éclate, j'voudrais seulement dormir, m'étendre sur l'asphalte...
Champagne, vin rouge, vin blanc... Je meurs ce matin. Trop de fumée, trop d'alcool, trop peu de sommeil. Quelle sacrée petite nature : j'ai moi aussi ce matin les deux yeux dans le même trou ;o) Je vais tout de même essayer de ramasser mon cerveau pour vous raconter ma superbe soirée d'hier. Enfin prête et belle j'ai pris la route avec papa vers 16h. Ce dernier, un peu désagréable et décevant il faut le dire, s'est énervé sur la route et du coup nous nous sommes perdus, rallongeant notre route d'une heure. La messe commençant à 17h je me suis engouffrée dans l'église toute penaude à 17h45 en maudissant mon géniteur ! (on a pas idée de rouler à 70 km/h sur l'autoroute !!!) J'ai pu tout de même voir (de loin) les mariés échanger leurs alliances. C'était une messe très "catholique". Chœurs chantant plus fort que l'orgue, prières du père pour que les mariés fondent vite un foyer, qu'ils aident leurs prochains, qu'ils aident la terre à devenir meilleure (comme si c'était déjà pas assez de juste réussir son mariage !) etc... Bref, c'était finalement pas plus mal d'avoir loupé le début de la liturgie. Je balaie la salle. Presque 200 personnes. Moyenne d'âge ? 50 bâtons... Yeah. :o( Pater Noster, ok. A qui je pense ? Étrangement pas à ma grand mère, pas à mes parents mais à cette femme, décédée dans son appartement, assassinée. Je dis cette prière pour elle. On peut être juré, on en est pas moins Homme :o) Les mariés sortent enfin de l'église. Je manque de frapper un gamin qui essaye d'assommer ma copine en lui lançant un kilo de riz (dans son paquet) Sa robe est merveilleuse. Mon fantasme incarné. Une robe paysanne de Marivaux : Baleines, jupon blanc, robe à carreaux légers verts, guêpière derrière, corsetée devant... Dans ses cheveux des rubans tressés et un chignon de fleurs et de cheveux. Sublime. Je redeviens une toute petite fille éblouie. Le marié, lui, est juste tout en barbe. Franchement je ne sais pas comment elle fait pour lui trouver la bouche dans tout ce fouillis !
J'embrasse mon amie, un peu émue, j'avoue. Ma petite copine de 12 ans n'a pas bougé d'un cil. La voilà mariée cette petite. Nous nous rendons toutes les deux, bras dessus, bras dessous, sous les regards jaloux des autres invités au presbytère (je déteste ce mot !) pour le vin d'honneur. Je la rends enfin à ses invités et m'en vais saluer ses parents. Pas mal de gens du sud, d'Espalion où nous passions toutes nos vacances, enfants. ça chante cet accent. J'aime beaucoup. Pendant deux heures je parle tantôt à ma coupe de champagne, tantôt à mon sac à main. Je traîne les pieds devant la salle, dehors, là où le sol est un lit d'herbe humide et de boue. M'ennuie. Pourquoi personne ne me parle ? Pourquoi je n'arrive pas à capter un regard sympathique. Claudia pourtant, vient me voir, elle se présente avec un drôle d'accent et me dit "salute". Ahhhh... -Devo dare del lei ? -No. (rires) -Di dove sei ? - Di Roma. - E una bella città ma non la conosco bene... etc. Je pense reconnaître la grand mère de Nini, je sais que son mari est décédé il y a deux ans. Elle a l'air très changé, pourtant il me semble bien que ce soit elle. Je vais la voir et la félicite : "Oh merci mais c'est à eux qu'il faut dire ça..." ; "Oui, bien sûr, je les ai félicité mais vous devez être bien fière également." ; "Bien sûr ! Heu... Où s'est on vu déjà ?" ; "Ben... J'étais en 6è à *** avec Nini, et je vous ai vu rue ***, à Condé et à Espalion..." ; "Ah."... Silence... "Elle est belle Nini ce soir n'est ce pas ?" ; "Oh oui. Vous savez, on l'a accueillie immédiatement dans la famille, j'ai eu trois fils alors elle c'est un peu comme ma fille." Merde merde merde... C'est pas sa grand mère !!!
J'entends à ma droite que le dîner se passe à 8km de là. Et comment j'y vais moâ ? Merde, merde, merde... Nini me présente Philibert avec qui je vais faire ces 8 bornes. Vieux garçon, 40 ans, il me dévisage avec appétit. La Bentley des mariés arrive, ma Nini y plonge ses jupons. Quelle est jolie ! Une vraie princesse ! Elle envoie des baisers par la fenêtre. Nous la retrouverons au banquet. Arrêt "essence" avec le sieur Philibert. J'ai hâte d'arriver. Enfin nous y voilà. La salle polyvalente jouxte élégamment le stade de foot. Près des buts un grand buffet est planté : petits fours chauds, froids, table de crêpes, barbeQ... Dans un coin l'énigme du plan de table... A chaque début de citation correspond une table, je suis à celle "Du luth et du pinceau..." Il me faut trouver l'autre bout de phrase pour savoir maintenant où est cette table où je suis inscrite... Ah, c'est celle-là : "...j'ébatterai ma vie". Ouf. Elle était dure celle là ! Près du buffet apéro, pas très loin des roll mops, quatre chérubins ont sorti leurs cuivres et jouent un petit concerto en l'honneur des mariés (deux clarinettes, une trompette, un violon) Déjà la tête me tourne et je n'ai plus faim. Et puis surtout, damned ! Je suis toujours aussi seule ! Fort heureusement j'aperçois ma table, ma place, tout près d'une petite porte dérobée qui mène au jardin, au parking. Je pourrais m'enfuir en douce quand les 11 coups sonneront. Maman m'y attendra, dans le noir le plus total et nous rentrerons.
Nous prenons place. Voici le plan de table, vous verrez, c'est important pour comprendre la suite :
????- ????????????? - Marie - Delphine - Séverine - ???
**********T******A******B******L******E********
Manu - Sœur de Manu - Mathieu - Scrib - Pierre Marie - ?
Je vous ai mis en mauve les prénoms importants pour la suite... (Héhéhé) Mathieu fait immédiatement les présentations. Je ne suis entourée que de cousins et de cousines bien que certains ne se connaissent même pas entre eux. Marie est en première année d'école d'infirmière, Delphine (la petite amie de Pierre Marie) fait des études de communication, Mathieu vient de conclure son DESS en hôtellerie machinchose et Pierre Marie, qui ne fait que rire, ne trouve pas opportun de nous parler de sa carrière. Je me souviens vaguement de l'avoir croisé à un des jeunes anniversaires de Nini... Il y a fort longtemps... Il est déchaîné ! Lui et Delphine sont trop craquants et bourrés (d'humour). Du côté de Mathieu, (qui commence très tôt à me compter fleurette) nous parlons de son haras, de ses chevaux, de la renaissance italienne, et (glaçons, glaçons) du merveilleux voyage qu'il a entrepris en se rendant aux journées de la jeunesse à Rome l'année dernière (Yaaaaa.... Avec le Pape !!!! :((( C'est un garçon galant, charmant, avec une excellente éducation, très poli et tout et tout mais, mon Dieu ! D'un coincé comparé à mon voisin de droite qui me parle de la sexualité du concombre et de la transmission des gènes lors de l'accouplement d'un pépin avec un autre... Avec une demie heure de retard, Manu arrive et s'installe (cf plan de table) Il est grand et porte très joliment les yeux bleus. En un instant, et tout en parlant joyeusement avec son cher cousin de Bordeaux Pierre Marie, Manu s'installe entre nos deux chaises. Je lui dis que je vais bientôt partir et qu'il pourra prendre ma place pour discuter plus à l'aise avec son cher cousin. Un regard et hop, Monsieur Mathieu sent qu'il va avoir une sérieuse concurrence. Il essaye de capter mon attention en parlant du dernier numéro de Point de vue et images du monde mais c'est presque peine perdue, Manu déploie déjà des monceaux d'ingéniosités et d'humour pour me surprendre. Autant je sens que la drague n'est pas le pain quotidien de Mathieu qui se fait violence pour tenir la route, autant Manu est un grand séducteur qui sait faire rougir et allie un rire très commercial à des attouchements discrets du bras, de la main et du coude.
Je joue avec les deux tout le repas, mes voisines d'en face pour complices. Manu passe la seconde, il sort tout de go à Mathieu : "Mon pauvre ami t'as rien compris, c'est pas comme ça que tu vas l'avoir, regarde et prends des notes..." Je le trouve odieux, gonflé et... trop chouchou :o))) Mathieu me sourit et tandis que Manu me baratine, il me propose de me servir un verre de vin ou de l'eau. Manu renchérit : "c'est ça, toi tu la serres, et moi je l'embrasserai !". Wow ! Je me sens toute chose là... Voyant qu'il perd des points, Mathieu cède sa place à Manu en lui lançant, désagréablement froid : "Et bien, vas y, assieds toi, puisque tu te trouves spirituel, prends ma place ! On verra bien qui du bon goût ou de la vulgarité triomphera !". Héhé, il est mimi Mathieu, mais là, je le trouve un peu vieux jeu... (dans 5 minutes il va y avoir "duel" arf) Et puis il habite St Etienne et va en week end voir le Pape... ça ! Je peux pas ! Pendant ce temps, Pierre Marie, un peu amoché traite un type de "pourriture communiste". Je rattrape le coup comme je peux en rassurant ce dernier : "C'est une blague du film des nuls". Il sourit. Ouf, tu l'as échappé belle Pierre Marie, ce type là n'avait jamais vu la cité de la Peur ! Manu me demande ce que je fais dans la vie. Il dit que c'est révélateur d'une personnalité, je lui dis que non, je ne pense pas. Je lui réponds et enchaîne sur un "et toi ?" poli. "Je suis ingénieur" ; "Ce n'est pas un métier", lui dis-je, "c'est un titre ! Tu es ingénieur en quoi ?" etc... Je contrecarre chacun de ces mots. Il me demande si je suis flattée d'être autant sollicitée... Je n'aime pas le voir arriver à 20 km. Il me répète plusieurs fois "Non, mais j'arrête, je vois bien que je te gonfle. Excuse moi" Mes mots disent non, mais mes yeux disent oui, j'espère qu'il sera assez subtil pour le comprendre... Quand Mathieu reprend sa place, Manu continu de m'observer à la dérobée. Nous nous sourions parfois, complices. Profitant d'un petit jeu littéraire que lance la mariée, je m'en vais la trouver pour la remercier de m'avoir placée en si bonne compagnie. Elle ne tarie d'éloges sur ses 3 cousins. Elle me dit que d'habitude Manu n'est pas si dragueur mais me confirme aussi qu'il est célibataire. Elle ajoute : "Mathieu est gentil comme tout mais je ne te vois pas avec lui"... Never do I. Maman pendant ce temps est arrivée et m'attends, garée dans le noir. Nini est venue la trouver en insistant lourdement pour qu'elle reste manger un bout de pièce montée mais elle refuse : elle ne veut pas déranger... Dans sa planque nocturne, elle se pique un énorme fou rire qu'elle me racontera ensuite : un type sort de la salle et se croyant seul se met à marcher près de la voiture de ma mère, invisible, en pétant lourdement plusieurs fois consécutives... Ah ! Les mariages ! :o) Vient le temps des discours, entre deux je m'esquive après avoir discrètement salué mes voisins et voisines de table. Je sens un énorme regret dans le regard de Manu. Audacieusement je lui tends le petit papier où était inscrit mon prénom près de mon verre. A l'intérieur j'ai noté mon numéro de téléphone et ceci : "flattée, non. Amusée, oui !"... Oulalalala je le regrette déjà... Mais bon sang qu'est ce qui m'a pris de faire ça ??!!! Telle Cendrillon je m'enfuis en courant sur les gravier. La voiture démarre et dans la nuit étoilée provinciale nos rires nous ont ramené jusqu'à Paris. Quelle belle soirée !
Couchée à 3h je ne suis pas très fraîche ce matin. J'ai invité Carry à venir dormir chez moi demain soir (en priant pour ne pas avoir à refaire la jurée demain matin !) Mes parents s'en retournent en campagne alors la maison sera mienne. J'ai pris également rendez vous pour 17h avec Béca pour aller voir Moulin Rouge tout à l'heure. J'ai hâte de voir ça... Peut être que Gazou nous fera l'immense honneur de se joindre à nous. Je me demande si Manu va m'appeler... Je me demande s'il a vu mon numéro dans le papier, s'il n'a pas trouvé une fille mieux que moi avec qui finir la soirée et si, seulement, il ne jouait pas tout simplement avec moi... Lui ai-je juste vraiment plu...? Peu importe après tout, hier soir, c'était si bon...
21h49 : Il y a des putes qui sont de vraies ladies comme il y de jeunes personnes qui se disent Miss'is et qui ne sont que des putes.
Je reviens de Moulin Rouge. Béca et Moulin Rouge n'ont pas fait bon ménage, sachez le. Je pense que les gens terre à terre ne voient aucune étoile lorsqu'ils contemplent la voûte céleste. Béca me glisse (en parlant d'Ewan McGregor) "tu ne trouves pas qu'il est poilu ?" Plus tard encore : "Ohoho t'as vu la naine ?" Béca n'est pas rentrée dans le film, je pense... Je dis qu'elle n'est pas rentrée dans le film, ne déformez pas mes propos, je n'ai pas dit : "cette conne n'est pas rentrée dans le film". Nuances. La vie des hommes est constituée de nuances. Pourtant il y a des gens qui se disent élitiste en jaugeant les autres comme des inférieurs. Ceux là ont un ego démesuré, je pense. On en recense deux almost à la cev (et peut être bien 3 finalement) et je pense qu'ils doivent s'auto apprécier comme des chiens qui se reniflent le cul. Allégorie non vulgaire (Ah ! Toujours ces apparences trompeuses...) ils se reniflent en boucle, sans sortir de leur co cons, sans prendre le risque d'essayer ailleurs, de voir s'il n'y a pas mieux qu'eux. Ces gens là finiront mal. Quand on aime un miroir ou on s'en lasse ou on en devient fou comme ce Mr Gray de Wilde et on finit avec du sang sur les mains alors qu'on était contre la peine de mort. Quand Henri m'a dit qu'il avait aimé X sans l'avoir rencontrée je lui ai dit mi-plaisantant : "C'est de la masturbation intellectuelle ! ". Il m'a dit non et dans ma tête je pensais : "et puis oui."
Je n'ai pas regardé Moulin Rouge, j'ai plutôt fait un tour de grande roue. Tous ces jupons, toutes ces étoiles m'ont donnés le tournis comme une chanson d'Edith Piaf. C'était enivrant. Dans l'ascenseur, en rentrant, j'ai essayé de pleurer comme Nicole Kidman... Raté, personne ne pleure comme Nicole Kidman car personne n'a ces yeux gris bleus et cette petite croix sous le nez. Une comédie musicale de cette qualité ne s'explique pas, ou peut être par un scintillement dans le regard, a glittering diamond ou une goutte de sang au bord des lèvres. Bien le bonsoir messieurs dames les lecteurs. Le rideau tombe ce soir sur une scribouilleuse fatiguée. Une scribouilleuse exactement comme vous, ni plus. Ni plus.
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