Vendredi
29 Juin 2001
"Le pire écart de salaire, c'est un mois entre deux paies."
Jean-Marie Gourio
17h27 : Exténuée
Le mot n'est pas trop faible pour décrire mon état après cette journée de manu-tension... Et pourtant ce ne fut pas une mauvaise journée finalement. Enrichissante, pleine, révélatrice des maux des autres, cette journée m'a beaucoup offerte. D'abord l'assurance d'être soutenue et aimée de mes proches amis qui m'ont envoyé des sms, des mails (j'y réponds bientôt ;o) et leur appui dans cette "épreuve". Et puis aussi la découverte d'un monde qu'en tant que snobinarde petite parisienne je ne connaissais pas. Mais que je vous raconte tout cela dans l'ordre (puisant dans mes dernières forces de petite chochotte, héhé)
Lever à 6h30, départ dans la grosse caisse climatisée de maman à 7h, arrivée au pays des tordus à 7h30. Personne n'était encore là. C'est simple : que des gros bourrins aussi plein de grâce que Dieudonné quand il campe un garagiste. Pff... Fin fond du monde, un entrepôt immmmmmmense, un escalier flippant en grillage où sous mes pieds le vide m'attire irrésistiblement. Je suis à bon port. A 8h, les premiers débarquent, on me mène scotchée à ma bonne Alice près de Bemko le sénégalais au grand sourire chiqueur. C'est lui qui nous explique comme emballer la marchandise puisque je suis au "colissage". Je joue à éclater les carrés de bulles, je contemple longuement les cartons que je vais devoir mettre en 3D et finalement, voyant que faire pipi par terre en me roulant dedans ne changera rien à ma situation, je décide à m'y mettre... Ici c'est l'usine : debout, sans musique, une déco digne du Stalag 14, tout le monde à sa table emballe les précieuses marchandises. (Je travaille pour un supermarché en ligne, je peux bien vous lâcher le morceau à 15 jours de mon départ héhé). C'est fou comme les gens sont rusés ! Ils commandent exprès des litres et des litres d'eau, de lait, des conserves de 100 kilos, des cornichons en bocaux de 1000 tonnes, des sacs de croquettes pour clébards brontozoïques etc... Et c'est qui qui porte, qui scotche, qui emballe, qui transporte sur son dos de cabri tout ça ? C'est bibi !! Pfff...
En gros, on prépare les courses de gars branchouilles qui les ont commandés depuis leurs fauteuil ! Je les hais ces gros bourgeois ! (arf, arf, arf) Il vient un moment, forcément, où Bemko me lasse avec ses réflexions grivoises, où mon front scintille, où mes doigts de fée du clavier (pensez, des mains de pianiste !) souffrent, où mes pieds en ont ras le bol de piétiner, où les odeurs de transpirations me pèsent, où tout me pèse d'ailleurs, surtout les bouteilles de Martini Bianco et là je regarde ma montre : 9h15 ! J'ai envie de simuler un évanouissement extraordinairement cinématographique mais même ça je n'en ai pas la force. (et puis y'a déjà une collègue qui m'a piqué l'idée hier:o) Et là je réfléchis : je me dis que si Dieu m'a envoyé cette épreuve c'est qu'il y a une raison... Hum. Ding ! Trouvé ! Scrib tu as la chance d'avoir un bureau climatisé où tu vas en pause quand tu veux, avec des gens sympas, de l'eau glacée en veux tu en voilà, où tu es payée le double de ces pauvres gens qui pleureraient si leur entrepôt fermait. Tu es là, Scrib, pour en prendre conscience ! Cette dame, là, en boubou pastel, elle a 8 bouches à nourrir avec la moitié de ton salaire, les commissions qui passent sous ses yeux lui font drôlement envie, peut être même qu'elle travaille pour payer l'opération des yeux de son fils !!!! (Finalement j'aurais pas dû regarder "dancer in the dark", arf) Enfin bref, je suis là pour aider ces personnes, c'est exceptionnel, je vais retrouver mon job bientôt alors autant faire la tâche qui m'attends ici, bien (et avec le sourire les 15 tonnes de paquets de lessive s'il te plait !!) Je ne suis là que jusqu'à 13h, ces gens là y sont du matin au soir ! Merde, même en silence il vaut mieux que je ferme ma gueule. Tiens, je me plaindrais presque moi même d'être si égoïste ! Je fais donc marrer les dents de dromadaire de Bemko (c'est pas du racisme primaire les copains, j'ai très bien connu un chamelier à Niamey qui avait le même sourire que son chameau, même qu'ils se fendaient la poire hyper souvent ! J'ai la diapo quelque part ;o)
Alice est partie faire autre chose et Juju la nouvelle stagiaire trop sympa du market' l'a remplacée. Je me suis spécialisée dans la bouteille, parait que j'ai un bon coup de main, arf. Mais à mon avis Bemko a dit ça pour me faire plaisir héhé. Il est bien plus doué que moi ! Et dire que je critique ce sale boulot et que je ne sais même pas le faire ! Pauvre conne d'intello va (enfin pseudo intello parce que maman dit souvent de moi : "M'enfin Scrib, tu n'es pas une manuelle, ni une sportive, ni même une intellectuelle, qu'est ce qu'on va faire de toi !" Héhé) A 10h, comme dans les reportages sur les mineurs des corons, une dame a sifflé et à dit : "C'est 10h : tout le monde en pause", et là, comme des moutons tchétchènes, tout le monde est partir s'agglutiner dans une salle au sous sol. Nous, l'équipe des bureaucrates, nous avions le droit d'aller dans la salle de pause des chefs, tout là-haut, là-haut, en haut du grands escalier (c'est qui s'appelle gravir les échelons) Là haut, baie vitrée, produit vaisselle pour se laver les mains (la classe ! En bas il n'ont qu'à se lécher les doigts :o( et en bas les enfers... (comme le sous sol du Titanic avec les pôôvres irlandais, voyez ?) J'ai voulu y descendre pour prendre un petit gâteau à la machine et Alice m'a attrapé et m'a dit : "tu ne peux pas descendre toute seule !" Ah bon ? Et pourquoi ? Héhéhéhéhé, naïve que je suis ! Vous vous souvenez de la scène de Gladiator quand on lâche les tigres ? Ben pire ! Dans une salle y'avait 15000 familles africaines en train de manger le boulgour avec les mains et dans l'autre tout ce que la terre peut porter de racailles. "Hey, mâââd'moiselle, vous êtes bien charmante, y'a moyen d's'faire pépon ? Et reviens, j'golri, et salooooope !!!" Bien sûr, bien sûr, bien sûr ! Je me suis mise à courir dans le couloir plein de café, de pipi (de chat ?) de tags sur les murs jaunes immondes et j'ai vite réintégré les hauteurs sécurisantes. Hum. "Hey Alice, je vois bien ce que tu voulais dire" arf. Merde, je pensais vraiment pas que c'était aussi plein d'obsédés les usines ! (ben faut sortir de ta bulle les dimanches scrib !)
A 13h, un de nos supérieurs nous a autorisé à rompre les rangs, ce que nous avons tous fait sans demander notre reste. J'avais un peu les boules de lâcher Bemko, de retrouver la voiture climatisée, les tickets resto, toutes ces richesses, et cette nonchalance que m'offrent ma vie et qu'hier encore je dénigrais. En retrouvant maman, je l'ai remercié de m'avoir forcé à faire quelques études à l'époque où je ne pensais qu'à sécher les cours. Nous sommes allés à plusieurs déjeuner dans une brasserie, j'étais en très nette décomposition, pour tout dire, même ma graisse semblait fondre devant la diète et les 40° à l'ombre... Ma salade est arrivée à 14h45... Nous avons mangé en terrasse (vue panoramique sur le RER) sous un parasol (sauf l'épaule droite, humf.) et comme il n'y avait aucune place pour moi dans les voitures (une seule en fait, mais pleine de marchandises) j'ai osé appeler maman, qui, (comme ça tombe bien), avait justement une course à faire dans mon coin (15 bornes avant le trou du cul du monde) et qui est venue me chercher... 2 heures après. En rentrant à la maison je me suis mise toute entière dans la machine à laver, essorage 1400 tours et me voilà, toute propre dans mon Snoopy tout propre aussi ;o) J'irai bien me coucher mais à 18h06 j'ai peur que ça fasse désordre ;o) Je ne vais pas faire long feu ce soir ça c'est sûr ! Demain, il me faut avoir reconstitué l'intégralité de ma barre de vie car je vais dans les grands magasins faire les soldes avec maman avant qu'il n'y est plus rien (les parisiennes sont des folles furieuses ! Elles se jetteraient sur des pompes taille 49 sous prétexte qu'elles sont en soldes même si elles chaussent du 37 !) Je sais que j'ai pas de sous mais j'ai été viré aujourd'hui (pardon, MA PAIE a été viré aujourd'hui) et je peux me permettre une ou deux liquettes de jeunes créateurs pour être au top de ma féminité à Montréal, non ? Rooo...
P.S : Free et la CEV risquent d'avoir de petits soucis aujourd'hui, prenez, comme moi, votre mal en patience ;o
At 22h00 : FAICH !
Putain d'enculé d'sa mère le Free qui m'empêche de vous raconter ma journée !! Je maudis trois générations de son ftp de meeeeeeeeeeerde !!! ça fait 15 ans que j'attends pour uploader cette criss de page !! Je suis vener de chez vener du père à vener de la maison de vener !! J'ai la tête qui fait des bruits de chips tellement je suis enragée par ce calice de criss de daube de putain de merde de ftpperso !!!!!! Moi je vais me coucher, mais avant je vais leur écrire pour leur dire ce que j'en pense de leur histoire, nom d'un élastique de petite culotte !
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